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« LA MÉDITATION N’EST PAS UN OUTIL DE PERFORMANCE »

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Fabrice Midal aide les gens à démystifier la méditation. À travers un discours parfois provocant mais toujours bienveillant, il dénonce la méditation comme outil de gestion du stress, qui selon lui, est un piège de la société. Son dernier livre Frappe le ciel écoute le bruit est inspiré des enseignements qu’il donne tous les mercredis à L’École occidentale de méditation de Paris , dont il est fondateur. JolieSoul l’a rencontré.

Que croyez-vous que les gens recherchent aujourd’hui dans la méditation? Une réponse ? Une solution ? Un bien-être ? De la performance ?
– Votre question est très difficile. Je ne cherche pas forcément à dire de quoi les gens ont besoin. Je cherche à leur parler pour créer un réel changement. Je veux les toucher profondément. C’est très différent que de chercher à répondre aux besoins des gens, qui est une démarche plutôt marketing. J’essaie de transmettre la dimension la plus simple et profonde de la méditation et je ne cherche surtout pas à convaincre les gens.

Vous avez écrit plus de 40 livres. Frappe le ciel écoute le bruit est le titre de votre dernier ouvrage. Expliquez-moi.
– Je voulais prendre un titre qui ne s’explique pas. Qu’on ne comprend pas. Parce que pour moi, le plus important dans la vie, c’est ce qu’on ne comprend pas.

Peut-on comprendre la méditation ?
– Non. Nous n’avons pas besoin de comprendre. La méditation, c’est arrêter de vouloir comprendre. On se fout la paix complètement. On est ailleurs. On est toujours pris dans nos stratégies: “comment les autres vont me voir, est-ce que j’ai bien fait, comment je pourrais aller plus vite…” Ouf. Stop. Avec la méditation, on redevient un être humain, on s’autorise à devenir soi, tout simplement.

Croyez-vous que la méditation peut augmenter notre performance?
– Je déteste cela. Mon enjeu, c’est de dénoncer cela. Pour moi, la méditation comme outil de gestion de stress est un piège de la société. C’est une forme de barbarie complète et mon discours va à l’encontre de tout ça. Pour moi, la méditation comme outil de performance, c’est monstrueux. On peut alors, par exemple, s’en servir pour mieux manipuler les gens. La méditation doit garder avant tout une dimension éthique et déboucher sur une bienveillance profonde envers soi et envers le monde.

Vous êtes l’un des pionniers de la méditation pleine conscience en France. Aujourd’hui, tout le monde s’y met. On voit un réel intérêt. Que pensez-vous de cette prise de conscience ?
– Je trouve cela fabuleux. Je travaille beaucoup avec les médecins dans les cliniques, j’enseigne la méditation à une centaine de médecins à Biarritz. Je travaille aussi avec les professeurs pour leur enseigner à apprendre la méditation aux enfants. On voit que ça aide les gens. Il faut seulement faire attention de préserver la dimension éthique et de bienveillance.

Comment ?
– En expliquant aux gens que ce n’est pas un outil de gestion, mais une manière d’être. Lorsqu’on développe des attentes face à la méditation, qu’on s’attend à ce qu’on devienne plus performant par exemple, on perd la possibilité que la méditation nous transforme. Car en vérité, nos attentes sont toujours en dessous de ce dont nous avons réellement besoin.

Comment revenir à l’essentiel ?
– Les gens n’en peuvent plus de la dictature de la rentabilité. On est brisé, on n’est plus présent. Et donc la méditation, c’est réapprendre quelque chose de très simple. Un sens de présence. C’est une manière d’être synchronisé avec son corps, son cœur. C’est être là, maintenant. Dans mes ateliers, on ne ferme pas les yeux et on n’est pas en lotus. J’apprends les gens à être présents. Je suis juste présent à ce qui se passe. Je suis là. Ça n’est pas plus compliqué que ça, mais ça transforme tout.

Ça transforme quoi ?
– Vous retrouvez un rapport à quelque chose de plus profond qu’on a souvent perdu. La source de la vie. On a du mal à l’expliquer parce que c’est tellement simple. C’est comme nos grands-parents qui regardaient le feu de cheminée, ils n’avaient pas l’impression d’être mystiques, ils étaient là, tout simplement. Les gens ont peur du vide alors qu’au fond, c’est tellement riche. C’est être présent pour « rien ». On le fait pour rien. Dès qu’on a un but, c’est pauvre. C’est comme dans l’amour. Dès que vous aimez parce que vous voulez combler votre capital bonheur, vous n’aimez plus vraiment. L’amour véritable est gratuit et généreux.

Comment la méditation peut-elle nous aider dans notre vie?
– Si la méditation a un sens, c’est pour nous libérer de notre obsession de contrôle. Faire la paix avec soi, avoir de la tendresse envers ses propres blessures, développer un sens de présence, de bienveillance. On fait la paix, on arrête de s’en vouloir d’être trop sensible. On accepte notre sensibilité. On fait aussi de la méditation pour développer de la confiance. On cesse de s’excuser de ne pas être parfait. Retrouver une bonté envers soi et se libérer de la culpabilité. La vulnérabilité est souvent vue comme une faiblesse alors qu’assumer qu’on est vulnérable, c’est ça la vraie force. Toute cette énergie déployée afin que personne ne perçoive notre fragilité procure une telle tension…

Quels sont les effets sur la santé physique en général ?
– On sait par exemple que ça augmente l’immunité. Ça apprend à être plus présent dans son corps. C’est une sorte d’hygiène. Mais c’est parfois douloureux. Car être authentique ce n’est pas toujours facile. Il y a de la colère. Vous touchez à ce qui se passe. Parfois vous ne vous rendiez même pas compte que vous étiez blessé. Quelqu’un vous a dit quelque chose dans la journée, et soudain ça remonte, vous sentez à quel point ça vous a fait de la peine. L’obsession du bien-être, c’est dangereux. Car ça donne l’idée qu’il ne faut pas souffrir. C’est faux. Les choses négatives sont parfois d’incroyables leçons de vie. Si on veut toujours éviter la douleur, on ne vit pas. Il y a quelque chose de plus profond que le bien-être. Et la méditation a un rapport avec ça.

Quel est votre rapport à la spiritualité ?
– Je crois en la spiritualité authentique. De sortir de soi, de ses problèmes, pour pouvoir aimer plus amplement. Les gens qui parlent d’amour divin et qui ne disent bonjour qu’à leur supérieur hiérarchique en arrivant au bureau ou qui ne saluent pas la personne au feu rouge qui aide à faire traverser leurs enfants, j’ai un doute. Ce qui m’intéresse dans la spiritualité, c’est comment vous dites bonjour au type qui s’occupe de vos enfants à la sortie de l’école.

Quelles sont les questions à se poser lorsqu’on entame une démarche vers la méditation ?
– Il ne faut pas se poser trop de questions. Il faut le faire. Ne pas avoir trop d’objectifs, voir ce que ça nous fait. Se foutre la paix. Pratiquer 15-20 minutes par jour pendant 1 mois et voir si ça nous aide ou pas. Ne pas le voir comme une obligation, mais plutôt comme une manière de se ressourcer. Être patient.

Frappe le ciel, ecoute le bruit

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À Propos De Judith Ritchie

Fondatrice de JolieSoul et experte internationale des spas, du wellness et de la beauté, Judith Ritchie a occupé le poste de Rédactrice en Chef Beauté du ELLE Québec avant de s’envoler pour Paris en 2009 pour devenir Rédactrice en Chef à Beauté de L’OFFICIEL de la Mode et de la Couture jusqu'en 2013. Entre ses allers-retours Montréal-Paris, elle donne des conférences sur la beauté holistique et dirige son site JolieSoul. Elle est l'auteur du livre 300 Raisons d'Aimer Paris.